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Flash Mood

Mais j'ai préféré sans faire exprès canari stressé empêtré dans mes soubresauts
(Dionysos, Symphonie pour horloge cassée)

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Les heures souterraines (Delphine de Vigan)

Bon, celui-là n'était pas du tout prévu, mais c'est une des rares auteures récentes de littérature générale qui m'intriguait, et quand ce livre m'est passé entre les mains et que je l'ai feuilleté vite fait pour voir, il m'a assez happé pour que je prenne la peine de le lire entièrement.

      

D'un côté, on a Mathilde, mère de trois enfants, dont la vie est devenu un calvaire depuis son supérieur, mécontent de la voir en désaccord lors d'une réunion, a radicalement changé son attitude envers elle et a entrepris de l'humilier, la déposséder de tout, et la briser à petit feu.

De l'autre, on a Thibault, un médecin qui assure des visites en sillonnant la capitale, qui vit une relation d'amour compliquée et insatisfaisante.

Bon, j'avoue que c'est pas lui qui m'a intéressée le plus. Pour moi il était surtout là pour alterner les histoires, et pour accentuer le thème de la solitude dans la capitale.

Mais alors l'histoire de Mathilde, c'est... pfouh!

Vraiment horrible, et pourtant tellement vrai.
On plonge avec elle dans les affres du grand pouvoir destructif  du harcèlement moral et des manipulations mesquines d'un patron immonde... C'est dur.

Même en ce jour du 20 mai, en lequel elle a placé une dernière lueur d'espoir absurde depuis qu'une voyante le lui a prédit comme un jour de rencontre et de changement, sa situation est toujours plus intenable.

*

"Ou bien elle rencontrerait un homme, dans le wagon ou au Café de la Gare, un homme qui lui dirait madame vous ne pouvez pas continuer comme ça, donnez-moi la main, prenez mon bras, posez votre sac, ne restez pas debout, c'est fini, vous n'irez plus, ce n'est plus possible, vous allez vous battre, je serai à vos côtés. Un homme ou une femme, après tout, peu importe. Quelqu'un qui comprendrait qu'elle ne peut plus y aller, que chaque jour qui passe elle entame sa substance, elle entame l'essentiel."

*

Le désir d'évasion, l'envie insensée d'un miracle, d'une aide extérieure qui tient du conte de fée... Ca me touche beaucoup. Sans avoir vécu de désastre aussi grand que le sien, je connais bien ce genre de sentiments...

Et aussi les impératifs de la société, la pression parfois étouffante du système, de la vie...

*
"Dans l'escalier, elle croise Monsieur Delebarre, son voisin du dessous, qui monte chez elle deux fois par semaine parce que les garçons font trop de bruit. Même quand ils ne sont pas là. (...) Aujourd'hui elle n'a pas envie de s'arrêter quelques minutes pour parler avec lui, d'être aimable, de maintenir un échange. Elle n'a pas envie de se souvenir que Monsieur Delebarre est veuf et seul et malade, qu'il n'a rien d'autre à faire que d'écouter les bruits qui viennent du dessus, de les multiplier, quitte à les inventer, elle n'a pas envie d'imaginer Monsieur Delebarre perdu dans le silence de son grand appartement.
Elle se connaît. Elle sait où ça la mène. Il faut toujours qu'elle cherche pour les autres des excuses, des explications, des motifs d'indulgence. Elle finit toujours par trouver que les gens ont des bonnes raisons d'être ce qu'ils sont. Mais pas aujourd'hui. Non. Aujourd'hui, elle aimerait pouvoir se dire que Monsieur Delebarre est un con. Parce que c'est le 20 mai. Parce qu'il faut que quelque chose se passe. Parce que cela ne peut pas durer comme ça, le prix est trop lourd. Le prix à payer pour avoir un badge de pointage, une carte de cantine, une carte de mutuelle, un passe trois zones à la RATP, le prix à payer pour s'insérer dans le mouvement."
*

Et on est là, avec elle, à découvrir avec un effarement grandissant le pétrin dans lequel elle s'est retrouvée, et le traitement inhumain qui lui est réservé dans l'indifférence générale.
D'ailleurs ce jour-là marque un nouveau cap dans son purgatoire, avec quelques rebondissements, dont un nouvel espoir complètement illusoire.

Le style est très prenant, je n'ai pas pu lâcher ce bouquin avant de l'avoir fini.
Et la langue est riche, c'est agréable à lire - si ce n'est la souffrance du thème...

*
"Emporté par le flot dense et désordonné, il a pensé que la ville toujours imposerait sa cadence, son empressement et ses heures d'affluence, qu'elle continuerait d'ignorer ces millions de trajectoires solitaires, à l'intersection desquelles il n'y a rien, rien d'autre que le vide ou bien une étincelle, aussitôt dissipée."
*

M'enfin je ne suis pas mécontente de ma lecture, pour une fois que je lis un truc "normal"
 

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